À Chaillot, les « Onusiens » continent à tourner en rond autour de la bombe atomique, du désarmement, du blocus de Berlin, de la question palestinienne. Leur bonne bonne – leur excellente – volonté s’achoppe à la division de l’Europe et du monde en deux camps.
D’ailleurs, des onusiens se sont même penchés plus précisément sur cette question des réunions. En établissant par exemple un « calcul du temps perdu » ou des coefficients d’utilisation globale des salles de l’Organisation.
En outre, il faut également prendre en considération qu’au Congo, les humanitaires, et encore plus les ONUsiens, sont souvent perçus, dans l’imaginaire collectif, comme faisant partie du vaste groupe de pillards qui fomentent la guerre dans le but de profiter des richesses du pays.
Par-delà ces tâches strictement militaires, la force remplit aussi une mission humanitaire. Sur les quelque 180 000 Grecs qui vivaient dans le Nord jusqu’à 1974-1975, il n’en reste plus à présent que 788 ; et au Sud vivent environ 300 Turcs, sur les 50 000 d’avant l’opération Attila. Les autres ont rejoint, de gré ou de force, celui des deux camps qu’une histoire pleine de bruit et de fureur leur avait assigné. Les « Onusiens » veillent sur ces derniers irréductibles qui, contre toutes les « suggestions » plus ou moins vives, ont décidé de s’accrocher à leur maison, à leur champ, à leur église, à leur mosquée, à leur cimetière.
Des discussions s’engagent où apparaissent la gêne, la bienveillance ou l’affection des uns, qui écrivent loin de la ville assiégée ; la lassitude, l’humour noir, la patience des autres, enfermés en dedans. Les questions sur les Casques bleus reviennent sans cesse, le ressentiment à l’encontre des onusiens est unanime.
MacArthur, qui avait ignoré tous les rapports relatifs aux concentrations de troupes chinoises, annonça le début d’une guerre totalement nouvelle en Corée. Le 4 décembre, Pyongyang fut évacuée et Séoul, un mois plus tard. Les Chinois s’enfoncèrent de plus de 40 kilomètres en territoire sudiste avant que les Onusiens, sous la conduite du Général Ridgway, ne stabilisent la situation et ne reconquièrent le terrain perdu.